Cette casquette de héro que nous ne voulons pas porter...

Mis à jour : mai 4


Aujourd'hui ça n'est pas la naturo qui te parle, mais l'infirmière.

Depuis le début de la crise Covid-19, la considération populaire pour les soignants n'a fait que grandir. Et clairement ça fait longtemps que nous attendions ça.

Depuis des années, c'est l'ensemble des classes médicales et paramédicales qui se bat pour dénoncer le manque de moyen à l'hôpital public.

Depuis des années nous crions notre désespoir et notre incompréhension, face à des gouvernements successifs qui démantèlent le système de soin français ; que nous crions que NOUS NE POUVONS PAS SOIGNER correctement dans de telles conditions.

Depuis des années, la population reste sourde à nos appels au soutien, dans l'inconscience totale.

Je vais te raconter l'histoire de mon petit hôpital :

Les coupes budgétaires gouvernementales ont petit à petit décimé la bonne humeur de notre équipe. Les années passent et nous travaillons de plus en plus à flux tendu en terme de matériel. Nous n’avons plus de stock, nos machines tombent en panne et ne sont pas réparées ou remplacées. Nous travaillons avec un équipement désuet, voire dangereux pour les patients, faute d'investissements suffisants, à notre grand désespoir. Plus le temps passe et plus nous avons l’impression de travailler dans un hôpital de brousse, équipé de bric et de broc, avec des machines et des équipements bidouillés au système D.

La plupart du temps, si une de nos machine tombe en panne, nous n’avons aucune solution de repli, ce qui est dangereux et inacceptable.

Nos avis sont unanimes sur le sujet, mais nous ne sommes pas écoutés. Nous ne sommes que le dernier rouage de cette énorme usine qu’est l’hôpital public, et notre avis de “petites mains” de terrain n'intéresse personne. Nos acquis partent en fumée, un à un, chaque année. Les conditions techniques et salariales deviennent de plus en plus déplorables. Chaque année, le smic augmente, et la valeur de notre point, sur lequel est calculé notre salaire reste invariablement gelé. Plus le temps passe, et plus la différence salariale entre une personne au SMIC et une infirmière débutante diminue.

Ce qui intéresse la direction (et par le fait, le ministère de la santé et le gouvernement tout entier), c’est de faire des économies à tout prix, comme si la santé publique pouvait être rentable.

On nous fournit donc du matériel de plus en plus minable en terme de qualité, “parce que ces compresses là, sont 4 centimes de moins le paquet”... Le gouvernement est incapable de regarder plus loin que le bout de son nez et de comprendre que certains investissements nous ferons économiser de l’argent sur le long terme. Quelle économie réalisons-nous lorsque nous sommes obligés d’utiliser plusieurs paquets de ces compresses à 4 centimes de moins, plutôt qu’un seul, du fait de leur mauvaise qualité. Bien sûr ceci n’est qu’un exemple dérisoire, mais il illustre la totalité du fonctionnement de l’hôpital public.

En 2015, c’est l’ensemble de notre hôpital qui a été restructuré par Eurogroup Consulting : un groupe de consultants parisiens en col blanc, mandatés par l’ARS (Agence Régionale de Santé), autrement dit par le ministère de la santé lui-même, qui nous a intimé l’ordre d'organiser notre structure et particulièrement notre bloc opératoire, comme s’il s’agissait d’une usine de pièces détachées. Or, nous travaillons sur de l’humain, et non sur de la matière inerte. En aucun cas il n’est envisageable de diriger les opérations d’organisation ainsi. Pourtant, c’est ce qu’ils nous ont fait faire. Et leur réorganisation a été un échec total. Nos objections et nos contestations n’ont servi à rien, notre petit hôpital a subi la restructuration telle qu’ils l’avaient prévue.

La direction nous a constamment indiqué, qu’Eurogroup Consulting n’était qu’une société de consultants, et qu’ils n’imposaient rien, mais qu’ils réalisaient simplement un audit pour nous aider à nous améliorer. Dans les faits, il n’en était rien. Eurogroup a matraqué l’hôpital, ne nous laissant aucune autre alternative. Nos horaires ont changé, deux postes ont été supprimés dans notre service , sans que nous ayons eu l’impression que ces décisions nous rendent plus efficients.

“L’efficience”, ce mot éternellement répété par nos décideurs, devenu galvaudé, et complètement écarté de son véritable sens. Non, ces décisions ne nous rendent pas plus efficients, bien au contraire, elles font de nous des employés dépités et démotivés, à qui on impose de faire du travail de mauvaise qualité, faute de moyens. Nous ne sommes donc pas plus efficients, mais juste plus mauvais, et en sommes complètement conscients.

Cette ambiance délétère a eu raison de toutes nos bonnes volontés, et notre équipe ne contient plus désormais que des gens aigris et démotivés, qui comptent chaque jour les heures avant de pouvoir rentrer chez eux et oublier tout ce merdier...

Chacun s'est vu trouver de nouveaux centres d'intérêts, en vue de reconversions professionnelles, tant travailler dans de telles conditions nous parait désormais inacceptable... Nous sommes nombreux à avoir envie de quitter l'hôpital, et nous le serons plus encore après cette crise...

Ce qui s'est passé dans mon petit service, s'est passé dans toute la France, avec les mêmes ressentis, les mêmes frustrations et les mêmes incompréhensions, dans l'indifférence générale de la population, qui n'a pas pris conscience des enjeux, et ne nous a pas vraiment soutenu dans nos contestations.


Qui intéressons-nous lorsque nous faisons grève, ou tentons de le faire avec juste un panneau accroché dans le dos ... Pour la continuité du service public : nous sommes assignés, et continuons de travailler avec juste un brassard ou un panneau dans le dos... Quel impact dérisoire cela peut-il bien avoir ? Aucun malheureusement...

Les fermetures de lits, de services et d'hôpitaux tout entiers n'ont pourtant pas été rares.

Ce métier nous l'avons choisi, avec les risques qu'il comporte.

Nous n'avons pas attendu le covid pour être quotidiennement confrontés au risque infectieux. Chaque jour dans les hôpitaux, le personnel soignant et tous les acteurs des services de soins travaillent en côtoyant le VIH, les hépatites, la tuberculose, les BMR (Bactéries Multi Résistantes), la grippe et j'en passe...

Nous n'attendons pas que le monde nous prenne pour des héros. Nous n'en sommes pas et cette casquette est bien trop lourde à porter, car les héros ne craquent pas, les héros n'ont pas de faiblesses... Nous faisons juste notre métier.

Ce que nous attendons de la prise de conscience collective, ça n'est pas d'être encensés pour ce que nous faisons, mais d'être soutenus quand nous réclamons des investissements, des lits, du matériel et du personnel.

Ce que nous attendons c'est d'être entendu quand nous demandons des revalorisations salariales pour des métiers qui demandent d'avoir fait des études, comportent des responsabilités énormes sur des vies humaines, et des risques pour notre propre santé.

Alors quand tout ça sera terminé, et que nous retournerons dans la rue hurler notre rage contre la politique gouvernementale de santé, nous espérons bien vous compter parmi nos rangs de manifestants, car c'est là que vous allez réellement nous aider !

A bon entendeur...

Crédit vidéo : Page facebook : Brigade des nurses

A bientôt sur TaNaturo.com

Cet article t'a plu ? N'hésite pas à le partager en cliquant sur les icônes des réseaux sociaux juste en dessous


TaNaturo

Manon Vitte Naturopathe Diplômée

Toul (54)

06 14 72 15 02

manon.vitte@yahoo.fr

Siret : 831 913 553 00010